Une belle carrière dans le milieu universitaire saupoudrée d’art et de vin

  • Après son BAA en économie appliqué à HEC Montréal en 2009, il décide d’explorer ses passions (les arts et le vin) en devenant notamment assistant de recherche à HEC Montréal sur le sujet de l’impact de la crise financière sur les arts. Une rencontre capitale avec un professeur, en suivant un cours d’innovation en auditeur libre, le motivera à poursuivre un Master puis un Doctorat à l’école Polytechnique. Aujourd’hui, enseignant-chercheur (économie collaborative) à ESCP Europe & École Polytechnique, il nous raconte en détail l’objet de sa recherche universitaire et nous livre ses conseils. 

  • Bonjour David, peux-tu nous raconter ton parcours ?

  • Je suis diplômé du B.A.A en économie appliquée de HEC Montréal. Entre ma 2e et 3e année, j’ai fait une année de césure pour un stage en finance dans la banque d’affaires du Crédit Agricole ou j’œuvrais à restructurer des produits financiers dits « exotiques ». J’avais beaucoup aimé ce stage qui avait été quelque peu « pimenté » par un contexte économique très mouvementé comme la faillite de Lehman Brothers et la crise des subprimes…

  • De retour à Montréal, j’ai terminé ma spécialisation en économie appliquée et j’ai profité de cette année pour explorer de nouveaux univers qui m’ont toujours passionné c’est à dire le monde du vin et le monde des arts.

  • Je me suis donc aussi inscrit en cours du soir à l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec (ITHQ) pour suivre une formation diplômante en sommellerie.

  • J’ai également travaillé à l’école comme assistant de recherche pour deux professeurs sur un projet de recherche qui portait sur la crise financière dans le domaine des arts.

  • L’objectif de cette recherche était d’identifier les enjeux rencontrés par les entreprises culturelles suite à la baisse des subventions privées et publiques et de proposer des solutions à ces problèmes.

  • Cette expérience a été en quelque sorte, mon premier pas dans le monde de la recherche où j’ai beaucoup aimé les aspects liés à la réflexion et à la rédaction que l’on retrouve très peu dans le monde de l’entreprise.

  • Autre point marquant de ma scolarité, le cours de M.Sc. sur le management de l’innovation et de la créativité du Pr. Patrick Cohendet que j’avais suivi en auditeur libre et qui ma beaucoup influencé dans la suite de mon parcours. Ce cours s’inscrivait dans le prolongement de mes intérêts pour le monde des arts et permettait de les articuler avec le monde des entreprises plus classiques. C’est grâce à ce cours que j’ai décidé de poursuivre mes études avec pour fil rouge l’innovation.

  • J’avais envie de rentrer en France, et j’ai continué mon cursus à l’École polytechnique à Paris qui proposait un master de recherche sur le thème de l’innovation (Master PIC). Ce programme avait deux composantes qui étaient des cours théoriques principalement assurés par des chercheurs de l’X, HEC et des Mines et une composante de terrain qui consistait à créer un binôme ingénieur / école de commerce, que l’on immerge pendant un an et demi en entreprise autour d’un projet innovant.

  • J’ai eu la chance de faire ce projet chez Ubisoft dans le Strategic Innovation Lab, une cellule de réflexion et de conseil interne, qui dépend d’Yves Guillemot, co-fondateur et PDG. Avec Simon (mon binôme de l’X), nous avons travaillé sur une stratégie d’open innovation pour l’entreprise. La réflexion portait sur la manière dont l’entreprise pouvait innover en intégrant des connaissances externes à l’entreprise, mais aussi sur une meilleure externalisation des compétences de l’entreprise.

  • J’ai beaucoup aimé cet environnement qui a été un véritable laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques dans l’entreprise. Toutes les réflexions menées dans cette cellule m’ont donné envie de poursuivre mon cursus sur un doctorat que j’ai naturellement poursuivi au Centre de Recherche en Gestion de l’École polytechnique et en lien très étroit avec Ubisoft.

  • L’objectif de ma thèse était d’identifier les routines organisationnelles dans les entreprises créatives et de voir comment elles peuvent être utilisées dans d’autres entreprises ayant de forts besoins d’innovation.

  • Début 2015, j’ai ainsi soutenu une thèse de doctorat qui s’intitule « Les routines de la création ou l’art de former pour mieux créer » qui mobilise des réflexions de terrain menées chez Ubisoft (ou je travaillais aussi pendant ma thèse), le Cirque du Soleil (où j’ai passé deux mois à Montréal à les étudier ) et Bartabas, l’Académie du spectacle équestre de Versailles.

  • Que fais-tu aujourd’hui ?

  • Je travaille à temps plein comme enseignant chercheur à ESCP Europe et à l’École polytechnique.

  • Mes semaines s’organisent à travers deux principales activités. D’une part, donner des cours (plus ou moins spécialisés) qui vont de la stratégie d’entreprise, la théorie de l’organisation à la gestion de l’innovation et de la conception innovante. D’autre part, réaliser des recherches et les valoriser à travers des publications dans des colloques internationaux ou des revues académiques.

  • Depuis de début de l’année, j’ai ajouté une nouvelle corde à mon arc en commençant des travaux sur la compréhension des différents modèles d’affaire de l’économie collaborative (Uber, Blablacar, airbnb …) et la manière dont des entreprises plus traditionnelles, par exemple la SNCF ou Leroy Merlin intègrent ces logiques collaboratives pour renouveler leur business.

  • Sur ce sujet, je suis aussi sollicité pour des présentations à des groupes de réflexions, des formations et du conseil aux entreprises qui voient dans cette nouvelle économie de nouvelle source de création de valeur, mais qui ont encore du mal à décrypter un ensemble de signaux faibles.

  • Ma dernière intervention a d’ailleurs été une « audition » pour un groupe de députés à l’Assemblée nationale qui ont mis en place un groupe de réflexion sur cette thématique. D’une certaine manière, ces activités de diffusion me tiennent vraiment à cœur, car elles me rassurent sur l’intérêt des recherches que je mène. Tout en permettant de faire évoluer concrètement les pratiques des organisations, l’interaction constante avec les praticiens s’avère aussi extrêmement fertile pour nourrir et faire évoluer mes réflexions sur ce nouvel objet d’étude.

  • En quoi le fait d’avoir étudié à HEC Montréal a pu être un atout dans ton parcours ?

  • HEC Montréal est un acteur incontournable dans le monde de la recherche en gestion avec un très grand nombre de chercheurs qui publient dans les revues les plus réputées du monde. C’est un aspect assez méconnu de l’école quand on est étudiant au BAA, mais dont on s’aperçoit très vite quand on intègre le monde de la recherche. Mon passage à HEC m’a donc permis de découvrir un visage monde de la recherche très dynamique et m’a donné envie de poursuivre dans cette voie.

  • Je pense que la grande force de l’école est de donner beaucoup de latitude aux étudiants dans la capacité à modeler leurs parcours universitaires. Par exemple, de choisir ses cours, ses associations, ses engagements à la carte en fonction de ses intérêts, et si on veut on peut même assister à une myriade de cours en auditeur libre dans les quatre universités de la ville. C’est selon moi un terreau très fertile pour des profils curieux et qui rend ces profils plus originaux (et plus attractifs) sur le marché du travail à la recherche de nouveaux talents.

  • Quels sont tes meilleurs souvenirs à l’École ?

  • D’un point de vue personnel, j’ai été enthousiasmé par la vie étudiante et les festivités que procure la ville de Montréal. La vie en communauté avec quatre colocataires et la capacité à se recréer une famille loin de la sienne m’a aussi beaucoup marqué. Ces colocataires ont par la suite été (et le son toujours) une source de soutien intarissable dans les épreuves de procure la vie.

  • D’un point de vue professionnel, j’ai été transformé par une conférence prononcée à l’école en 2005, par l’essayiste français Jean-Claude Guillebaud intitulé  » l’humanisme est-il en voie de disparition? ». Elle a fait naître chez moi une véritable passion pour les mutations du monde contemporain et pour la vulgarisation scientifique.

  • As-tu des conseils pour les étudiants et diplômés ?

  • Le premier conseil pour les étudiants est de profiter à fond de l’ensemble des possibilités à disposition à l’École (qui sont énormes et pratiquement inépuisables), à Montréal, ou ailleurs pour singulariser son profil en fonction de ses centres d’intérêt. La grande variété de cours, de conférences et bien d’autres ressources sont souvent sous-exploitées.

  • Pour un diplômé d’école de commerce, il ne va pas de soi de poursuivre ses études à travers un doctorat, même si aujourd’hui, il devient plus en plus un prérequis pour faire du conseil en stratégie dans de grands cabinets internationaux. L’expérience du doctorat peut aussi être une opportunité pour des praticiens en quête de réflexion ou de reconversion professionnelle. Dans ce cas, l’expérience acquise sur le terrain est un atour majeur pour la recherche, car elle donne des intuitions très utiles et permet de réaliser des recherches connectées avec les enjeux vécus par les entreprises. Dans le démarrage d’une thèse, il toutefois nécessaire de se positionner sur des champs émergents et d’actualités et le choix d’un bon directeur de thèse est crucial pour faire les bons choix.

  • Pour en savoir plus sur les dernières recherches de David Massé allez sur www.researchgate.net/profile/David_Masse ou www.polytechnique.edu/annuaire/fr/user/9511/david.masse