Danone, Du Canada jusqu’en Irak, le portrait de ce globetrotter Yves Barsalou

  • Apres son MBA d’HEC Montreal, Yves se fait recruter par Danone. C’est le début d’une épopée internationale qui le mena jusqu’en Irak. Management, interculturalisme mais également géopolitique sont au coeur du quotidien d’Yves. Découvrez son incroyable carrière en ingénierie et gestion de projet dans le secteur de l’alimentaire. 

  • Bonjour Yves, quel a été ton parcours professionnel ?

  • Avant d’intégrer le MBA d’HEC Montréal à temps partiel, j’ai travaillé pour la biscuiterie Nabisco – Christie Brown en gestion de projet et cela un semestre avant même que je finisse Polytechnique. J’ai également fait un passage de 2 ans à Johnson&Johnson.

  • Suite au MBA, j’ai été recruté au sein de Danone en 1995 comme Directeur technique de Danone au Canada. Par la suite en septembre 1999, on m’a demandé de venir à Paris pour créer un nouveau poste qui est Acheteur global des équipements process, ce qui consistait à mettre en place la stratégie d’investissements des équipements process (25% des investissements sont sur les équipements de procédés, fabrication de yaourt). En plus de définir la stratégie d’investissement, j’avais la responsabilité d’organisation des appels d’offre sur les investissements majeurs. Cela consiste à 1/ définir les besoins, 2/ organiser les appels d’offre, 3/ négocier les offres, 4/ signer les contrats et 5/ gérer et régler des conflits, le tout dans une dimension internationale dans une trentaine d’entreprises avec une cinquantaine d’usines. C’est une richesse incroyable par les différences linguistiques, culturelles et géographiques. Suivant cette création de poste, deux autres postes ont été créés notamment pour le packaging, et la centrale d’achat est devenue un département. Ensuite je suis retourné à Montréal comme acheteur nord américain. Ceci était nouveau en Nord Amérique et a provoqué au début une certaine réticence des équipes canadiennes et américaines, tout simplement parce que cela transférait une partie de leur pouvoir vers le département Achat. Par ailleurs, j’étais également chargé des achats de lait pour Danone Canada.
  • A partir de 2007 fort de l’expérience achat, je voulais continuer dans la gestion de projet et j’ai intégré l’équipe d’ingénierie centrale de Danone à Paris. Mon métier consiste à gérer des projets à l’international pour Danone en tant que Projet Manager New Territories.
  • Je me souviens notamment d’un projet en Inde qui a duré une année, le contexte était alors particulier car Danone n’y avait pas d’activité, par conséquent les premiers mois ma chambre d’hôtel servait aussi de bureau. Un autre projet intéressant a consisté à implanter la première ferme Danone en Egypte, près d’Alexandrie. Pour cela, nous avons importé 2 500 vaches laitières importées d’Hollande (importées avec 6 mois de gestation), ce qui représente en équivalence environ 50 fermes québécoises (ou françaises). De 2008 à 2011, l’usine en Egypte a été modernisée et est passée d’une capacité de production de 18 000 tonnes à 70 000 tonnes par an. J’étais sur place en 2011 quand la révolution en Egypte a éclaté. La révolution a commencé le 25 janvier, il n’y avait plus d’internet, ni de téléphone…et les vaches arrivaient au port d’Alexandrie le 27, nous attendions alors 700 vaches. Finalement après négociation serrée avec le capitaine du cargo, le transbordement et le transport dans les camions s’est bien passé et toutes les vaches sont arrivées à bon port.
  • Dans un tel projet il faut tout réfléchir de A à Z pour obtenir un lait de qualité, et réfléchir au prix de revient d’une ferme. Avant l’Egypte j’étais parti en Arabie Saoudite, où l’accord d’une joint-venture avec une ferme laitière avait été conclu entre Danone et le prince saoudien (Al Safi Danone).

  • Et maintenant quelle est ton actualité en Irak ?

  • Nous sommes en train de construire une usine Danone en Irak, dans le nord entre Erbil et Kirkouk. La géopolitique est compliquée en Irak, à Bagdad c’était impossible d’où le choix de la région Kurdistan qui est plus stable bien qu’il y a eu récemment un attentat à la bombe (mais cela faisait depuis 2007 que ça n’était pas arrivé). Nous vendons plus de 25,000 tonnes par an de yaourt en Irak, et à ce jour l’import provient principalement d’Arabie Saoudite. Il n’y a pas de lait dans la région, donc c’est du lait reconstitué avec de la poudre de lait et de l’eau. Ce fut un projet difficile à mettre en place, 50% des fournisseurs traditionnels ont refusé de venir. En mai, la construction de l’usine a commencé et sur le chantier, c’est le multi culturisme, tout le monde se côtoie et travaille ensemble, les turques, les français, les pakistanais, les libanais, les syriens et iraniens. Pour la suite, le premier trimestre 2014 est réservé aux tests et notamment aux tests de qualité. La production est prévue pour mars 2014.

  • Compte tenu de la forte croissance du marché irakien (30% à 40% par an) nous avons déjà commencé les études pour la phase II de l’investissement.

  • Quel rôle a eu HEC Montréal dans ton parcours, as-tu des souvenirs en particulier ?

  • J’ai fait mon MBA en temps partiel en même temps que travailler. Cela m’a forgé une carapace, après ça, tu peux faire n’importe quoi. Ce sont des nouveaux territoires, quand j’arrive il n’y a rien. Il faut vaincre à tous prix, construire ses propres outils de gestion (pour les factures, les cash flows, etc.). Le MBA m’a donné des outils et permis d’avoir une vision plus globale du business en termes d’approvisionnement, de gestion des stocks (l’Irak c’est loin de tout), d’entreposage, de packaging, etc. Il faut se poser des questions, anticiper, analyser, organiser le planning de projet, penser à la logistique comme la taille de l’entrepôt pour stocker la matière première… Les cours de marketing ont été très utiles pour mieux comprendre la stratégie, le jargon et pouvoir participer aux discussions ainsi que de challenger. Mon travail c’est 10% d’ingénierie et 90% de gestion de projet, et pour ce dernier le MBA a été très utile. J’ai apprécié tous les travaux en équipe qu’on avait à faire, faire confiance aux autres et vice versa.

  • Le plus important est d’acquérir le respect des personnes avec qui on travaille. Ce qui n’est jamais évident dans des contextes où la langue et la culture sont généralement des barrières.

  • Quels sont tes conseils aux diplômés ?

  • 1/ Eviter de comparer sinon vous ne serez bien nulle part. Profiter au lieu de comparer, j’ai été dans 34 pays et sans cette philosophie tu ne survis pas. C’est une bonne chose de vouloir comprendre une autre culture mais il ne faut pas comparer. Sinon on se fait des ennemis et on se plante.

  • 2/ Rester soi-même, trouver le bon dosage entre s’adapter et changer les choses sans les forcer.
  • 3/ Ne pas imposer les choses mais chercher à s’impliquer et orienter. Je ne demande pas à quelqu’un de faire quelque chose que je ne voudrais pas faire moi-même. Je suis dans le même hôtel et je mange la même nourriture que mes fournisseurs. Dans les pays du Moyen Orient où je travaille, ils veulent que leur patron les aime. Si tu as le respect, tu as tout gagné.